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Transformations chimiques s'effectuant dans les deux sens — Cours
Réactions acido-basiques, pH d'une solution aqueuse, transformations totales et non totales, sens d'évolution et état d'équilibre chimique : cours complet avec activités et exercices d'application, par Pr Jenkal Rachid.
Ce cours de Chimie est destiné aux élèves de 2ème Bac (Semestre 1) et s'inscrit dans le chapitre « Transformations chimiques s'effectuant dans les deux sens ».
Cours réalisé par Professeur Jenkal Rachid.
Situation-problème
Un lac est considéré acide lorsque son pH est plus petit ou égal à 5,5 unités. Le lac qui a un pH très faible contient des acides réagissant totalement sur l'eau.
- Comment peut-on ajuster le pH d'un lac ?
- La transformation d'un système chimique est-elle toujours totale ?
Objectifs : connaissances et savoir-faire exigibles
- Écrire l'équation d'une réaction acido-basique.
- Définir et mesurer le pH d'une solution aqueuse.
- Calculer l'avancement final d'une réaction et le comparer à son avancement maximal.
- Définir et déterminer le taux d'avancement final d'une réaction.
- Distinguer une transformation limitée (non totale) d'une transformation totale.
- Définir l'état d'équilibre d'un système chimique.
I. Réactions acido-basiques (rappel)
1. Acides et bases selon Brønsted
Un acide AH est toute espèce chimique capable de céder un proton H+ au cours d'une transformation chimique : AH ⇄ A- + H+.
Une base B est toute espèce chimique capable de capter un proton H+ au cours d'une transformation chimique : B + H+ ⇄ BH+.
2. Couple acide/base
Un couple acide/base (noté AH/A-) est constitué d'un acide AH et de sa base conjuguée A-, qui sont généralement liés par la demi-équation suivante : AH(aq) ⇄ A-(aq) + H+.
Un ampholyte est une espèce chimique pouvant se comporter comme un acide ou comme une base selon les conditions expérimentales.
Exercice d'application n° 1 : demi-équations acido-basiques
Compléter le tableau suivant, puis déterminer, parmi les espèces chimiques du tableau, celles qui sont des ampholytes.
Réponse :
| Le couple acide/base | L'acide | La base conjuguée | La demi-équation de la réaction acido-basique |
|---|---|---|---|
| HCO3-(aq)/CO32-(aq) | HCO3-(aq) | CO32-(aq) | HCO3-(aq) ⇄ CO32- + H+ |
| NH4+(aq)/NH3(aq) | NH4+(aq) | NH3(aq) | NH4+(aq) ⇄ NH3(aq) + H+ |
| H3O+(aq)/H2O(l) | H3O+(aq) | H2O(l) | H3O+ ⇄ H2O + H+ |
| CO2,H2O/HCO3-(aq) | CO2,H2O(aq) | HCO3-(aq) | CO2(g) + H2O(l) ⇄ HCO3-(aq) + H+ |
| H2O(l)/HO-(aq) | H2O(l) | HO-(aq) | H2O(l) ⇄ HO-(aq) + H+ |
L'eau H2O(l) est un ampholyte, car elle joue le rôle d'un acide dans le couple H2O(l)/HO-(aq) et le rôle d'une base dans le couple H3O+(aq)/H2O(l). L'ion hydrogénocarbonate HCO3-(aq) est également un ampholyte, car il joue le rôle d'un acide dans le couple HCO3-(aq)/CO32-(aq) et le rôle d'une base dans le couple CO2,H2O/HCO3-(aq).
3. Réactions acido-basiques
Une réaction acido-basique est une réaction au cours de laquelle il y a un transfert d'un proton H+ entre l'acide d'un couple (couple 1 : A1H/A1-) et la base d'un autre couple (couple 2 : A2H/A2-), selon l'équation suivante :
Pour le premier couple : A1H(aq) ⇄ A1-(aq) + H+
Pour le deuxième couple : A2-(aq) + H+ ⇄ A2H(aq)
Équation bilan : A1H(aq) + A2-(aq) → A1-(aq) + A2H(aq)
Exercice d'application n° 2 : équation d'une réaction acido-basique
Écrire l'équation de la réaction acido-basique entre l'acide du couple HCl(aq)/Cl-(aq) et la base du couple H3O+(aq)/H2O(l), puis déterminer les couples intervenant dans la réaction chimique HCO3-(aq) + HO-(aq) → CO32-(aq) + H2O(l).
Réponse : pour le premier couple : HCl(aq) ⇄ Cl-(aq) + H+ ; pour le deuxième couple : H2O(l) + H+ ⇄ H3O+(aq). L'équation bilan :
HCl(aq) + H2O(l) → Cl-(aq) + H3O+(aq)
Les couples intervenant dans la réaction HCO3-(aq) + HO-(aq) → CO32-(aq) + H2O(l) sont : HCO3-(aq)/CO32-(aq) et H2O(l)/HO-(aq).
II. pH d'une solution aqueuse
1. Définition du pH
Les propriétés acide ou basique d'une solution aqueuse dépendent de sa concentration en ions oxonium [H3O+], qui peut varier de quelques mol.L-1 à 10-14 mol.L-1. Pour simplifier et réduire cette échelle, le chimiste danois Sørensen a introduit en 1909 une nouvelle grandeur, le pH :
pH = -log [H3O+]
Cette relation n'est valable que pour les solutions aqueuses diluées, où [H3O+] ≤ 10-1 mol.L-1 ; [H3O+] est la concentration en ions oxonium, exprimée en mol.L-1 ; le pH est une grandeur sans unité. Réciproquement, la connaissance du pH permet d'en déduire la concentration en oxonium : [H3O+] = 10-pH.
Propriété fondamentale : les grandeurs pH et [H3O+] varient en sens inverses : lorsque [H3O+] augmente, le pH diminue (échelle : pH = 0 à 13, du milieu acide au milieu basique, en passant par le milieu neutre à pH = 7).
Exercice d'application n° 3 : pH d'une solution aqueuse
On dispose de quatre solutions aqueuses A, B, C et D. Les concentrations en ions H3O+ dans les solutions A et B valent respectivement : [H3O+]A = 2.10-3 mol/L et [H3O+]B = 5.10-5 mol/L. Le pH des solutions C et D valent respectivement pHC = 2,8 et pHD = 4,9.
- Quels sont les pH des solutions A et B ?
- Quelles sont les concentrations en ions oxonium des solutions C et D ?
- Comment varie la concentration en ions oxonium lorsque le pH augmente ? Justifier.
Réponse :
- pHA = -log(2.10-3) = 2,7 ; pHB = -log(5.10-5) = 4,3.
- [H3O+]C = 10-2,8 = 1,58.10-3 mol.L-1 ; [H3O+]D = 10-4,9 = 1,26.10-5 mol.L-1.
- Pour deux solutions A et B telles que [H3O+]A > [H3O+]B, la fonction logarithme étant croissante, log[H3O+]A > log[H3O+]B, donc -log[H3O+]A < -log[H3O+]B, d'où pHA < pHB : lorsque le pH augmente, [H3O+] diminue.
2. Mesure du pH d'une solution aqueuse
Méthode 1 — pH-mètre : on mesure le pH d'une solution aqueuse avec un pH-mètre. Le pH-mètre est un millivoltmètre électronique relié à deux électrodes (ou une électrode combinée) et gradué en unités de pH.
Méthode 2 — indicateurs colorés : ce sont des substances dont la couleur varie en fonction du pH du milieu :
| Indicateur coloré | Première couleur | pH de la zone de virage et teinte sensible | Deuxième couleur |
|---|---|---|---|
| Hélianthine | Rouge | [3,2 - 4,4] : orange | Jaune |
| Bleu de bromothymol (BBT) | Jaune | [6,0 - 7,4] : vert | Bleu |
| Phénolphtaléine | Incolore | [8,0 - 10,0] : rose très pâle | Rose violacé |
Méthode 3 — papier pH : papier imprégné d'indicateurs colorés.
III. Transformations totales et non totales (limitées)
1. Avancement final d'une réaction chimique
L'état final d'un système est atteint lorsque les quantités de matière des réactifs et des produits n'évoluent plus ; cet état est décrit par son avancement final xf (l'avancement mesuré lorsque plus aucune évolution du système chimique n'est observée). Certaines réactions chimiques ne sont pas totales, c'est-à-dire que l'avancement maximal n'est jamais atteint ; dans ce cas, la valeur de xf ne peut s'obtenir qu'expérimentalement (en établissant la relation entre xf et une grandeur physique mesurable : pH, conductivité…). L'avancement maximal xmax d'une réaction est l'avancement lorsque l'un des réactifs au moins (le réactif limitant) est entièrement consommé.
2. Transformation totale
Activité 1 : mise en évidence de la transformation totale
On verse, dans un bécher, un volume V = 100 mL de solution d'acide chlorhydrique (H3O+(aq) + Cl-(aq)) de concentration C = 1,6.10-2 mol.L-1 (obtenu par dissolution dans l'eau du chlorure d'hydrogène gazeux HCl(g)), puis on immerge l'électrode d'un pH-mètre dans cette solution et on obtient pH = 1,8. Couples : HCl(g)/Cl-(aq) ; H3O+(aq)/H2O(l).
Interprétation :
HCl(g) + H2O(l) → Cl-(aq) + H3O+(aq)
D'après le tableau d'avancement : [H3O+]f = xf/V, donc xf = [H3O+]f.V = 10-pH.V, soit xf = 10-1,8 × 100.10-3 = 1,6.10-3 mol. Puisque l'eau est en excès, HCl est le réactif limitant : C.V - xmax = 0, donc xmax = C.V = 1,6.10-2 × 100.10-3 = 1,6.10-3 mol. On remarque que xf = xmax : cette réaction est totale (HCl est totalement consommé). Le taux d'avancement final τ = xf/xmax = 1, soit τ = 100 %.
Conclusion : si la réaction est totale, alors xf = xmax et τ = xf/xmax = 1.
3. Transformation non totale (limitée)
Activité 2 : mise en évidence de la transformation non totale (limitée)
Dans une fiole jaugée de 500 mL, on verse un volume de 1 mL d'acide éthanoïque pur CH3COOH (M = 60,05 g.mol-1, d = 1,05) et l'on complète avec de l'eau distillée jusqu'au trait de jauge. On mesure le pH de la solution obtenue : pH = 3,10. Couple : CH3COOH(aq)/CH3COO-(aq) ; masse volumique de l'eau ρ0 = 1 g.cm-3.
Interprétation : l'équation de la réaction acido-basique entre l'acide éthanoïque et l'eau (couples CH3COOH(aq)/CH3COO-(aq) et H3O+(aq)/H2O(l)) :
CH3COOH(aq) + H2O(l) ⇄ CH3COO-(aq) + H3O+(aq)
Quantité de matière initiale : n0(CH3COOH) = d(CH3COOH).ρ0(eau).V(CH3COOH)/M(CH3COOH) = (1,05 × 1 × 1)/60,05 = 1,75.10-2 mol (1 cm3 = 1 mL).
| Équation de la réaction | CH3COOH(aq) + H2O(l) ⇄ CH3COO-(aq) + H3O+(aq) | |||
|---|---|---|---|---|
| État du système | Avancement | Quantité de matière | ||
| État initial | 0 | n0(CH3COOH) ; en excès | 0 | 0 |
| État intermédiaire | x | n0(CH3COOH) - x ; en excès | x | x |
| État final | xf | n0(CH3COOH) - xf ; en excès | xf | xf |
D'après le tableau d'avancement : xf = [H3O+]f.V = 10-pH.V = 10-3,10 × 500.10-3 = 3,97.10-4 mol. L'eau étant en excès, CH3COOH est le réactif limitant : xmax = n0(CH3COOH) = 1,75.10-2 mol. On remarque que xf < xmax : cette réaction n'est pas totale, elle est non totale ou limitée (CH3COOH n'est pas totalement consommé) ; par conséquent, tous les réactifs et produits sont présents en solution à l'état final, malgré que la réaction ait cessé d'évoluer. La quantité de matière d'acide éthanoïque restante est nf(CH3COOH) = n0(CH3COOH) - xf = 1,75.10-2 - 3,97.10-4 = 1,71.10-2 mol. Le taux d'avancement final : τ = xf/xmax = 3,97.10-4/1,75.10-2 = 2,3.10-2, soit τ = 2,3 % < 100 % : seulement 2,3 % des molécules d'acide éthanoïque ont été transformées.
Conclusion : si la réaction est limitée (partielle, non totale), alors xf < xmax et τ = xf/xmax < 1.
4. Sens d'évolution d'un système chimique
Activité : sens d'évolution d'un système chimique
On prépare une solution aqueuse (S) d'acide éthanoïque de concentration molaire C = 10-2 mol.L-1, et on mesure son pH : pH = 3,40. On verse, dans les béchers A et B, le même volume V = 20 mL de la solution (S). On ajoute, avec précaution, dans le bécher A, quelques gouttes d'acide éthanoïque pur CH3COOH, et on observe que le pH prend la valeur pH = 2,92. On ajoute, dans le bécher B, des cristaux d'éthanoate de sodium CH3COONa, et on observe que le pH prend la valeur pH = 4,21.
Interprétation : l'équation de la réaction entre l'acide éthanoïque et l'eau est CH3COOH(aq) + H2O(l) ⇄ CH3COO-(aq) + H3O+(aq).
Dans le bécher A, le pH diminue (il passe de 3,40 à 2,92) : la concentration des ions oxonium [H3O+] augmente, donc le système a évolué dans le sens de formation des ions H3O+, c'est-à-dire dans le sens direct de l'équation. Dans le bécher B, le pH augmente (il passe de 3,40 à 4,21) : [H3O+] diminue, ce qui signifie que la réaction s'effectue dans le sens de la disparition des ions H3O+, c'est-à-dire dans le sens inverse (indirect) de l'équation. La réaction entre l'acide éthanoïque et l'eau peut donc s'effectuer dans les deux sens (direct et inverse) : on utilise la double flèche ⇄ au lieu d'une seule flèche.
Conclusion : au cours d'une transformation chimique limitée (non totale), la réaction s'effectue dans les deux sens (sens direct et sens inverse), ce que l'on exprime par l'équation de réaction suivante : a A(aq) + b B(aq) ⇄ c C(aq) + d D(aq).
5. L'état d'équilibre d'un système chimique
État d'équilibre chimique : à l'état final d'une transformation non totale (limitée), le système chimique cesse d'évoluer et se caractérise par la présence de tous les réactifs et produits, à des proportions fixes (sans modification de la quantité de matière au niveau macroscopique) au cours du temps. Cet état s'appelle l'état d'équilibre chimique.
Interprétation microscopique (état d'équilibre dynamique) : on considère le système chimique a A(aq) + b B(aq) ⇄ c C(aq) + d D(aq). À l'état initial, le système contient les espèces A et B : la réaction se produit dans le sens (1) avec une vitesse v1. Les quantités de matière de A et B diminuent, donc le nombre de chocs efficaces entre elles diminue, et la vitesse v1 de la réaction directe diminue. À l'inverse, les quantités de matière de C et D augmentent, donc le nombre de chocs efficaces entre elles augmente, et la vitesse v2 de la réaction inverse augmente. Lorsque les deux vitesses s'égalisent, le système n'évolue plus macroscopiquement mais n'est pas figé : il est le siège de deux réactions inverses se produisant à la même vitesse — on qualifie cet état d'équilibre dynamique.